Solaire offshore et éolien flottant : des leviers stratégiques pour la transition énergétique à La Réunion
Dans un contexte insulaire marqué par une pression foncière importante, des contraintes environnementales fortes et des objectifs ambitieux de transition énergétique, les technologies offshore flottantes constituent une piste prometteuse pour déployer des énergies renouvelables à grande échelle, tout en minimisant l’occupation des sols. Deux filières retiennent particulièrement l’attention : le solaire flottant marin (offshore PV) et l’éolien flottant (floating offshore wind).
Ces deux filières, encore émergentes, suscitent un intérêt croissant pour les territoires insulaires comme La Réunion, où la ressource solaire et éolienne est abondante et où les besoins de diversification du mix énergétique sont majeurs.
Le solaire flottant offshore : principes et spécificités
Le solaire flottant offshore consiste à installer des panneaux photovoltaïques (PV) sur des structures flottantes ancrées ou amarrées en mer. Contrairement au solaire flottant continental (bassins, retenues d’eau), le déploiement marin impose des exigences techniques bien plus strictes, notamment sur les aspects suivants :
Principales caractéristiques techniques
- Structures flottantes : conçues pour résister à la houle (jusqu’à 10 m de vagues), aux courants marins et au vent (jusqu’à 200 km/h). Les matériaux doivent être résistants à la corrosion saline (aluminium marin, composites renforcés, polymères HDPE).
- Modules photovoltaïques : panneaux classiques (cristallins) ou spécifiques (bifaciaux, encapsulés), répondant à des normes de durabilité renforcée (ex. IEC 61701). Des systèmes d’inclinaison dynamique permettent parfois de suivre le soleil ou d’optimiser l’angle d’incidence.
- Systèmes d’ancrage : fondations légères ou ancres (type suceur, pieux, lignes de mouillage) selon la bathymétrie et les conditions de courant, souples pour permettre un comportement dynamique.
- Raccordement électrique : câblage sous-marin vers le réseau terrestre, via des stations de conversion ou de stockage locales. Onduleurs marinisés ou installés à terre assurent la conversion DC/AC.

L’éolien flottant : une technologie clé pour les zones profondes

L’éolien flottant offshore permet l’installation de turbines en mer dans des zones où la profondeur (généralement > 60 m) rend les fondations fixes inadaptées ou trop coûteuses. Il repose sur une plateforme flottante maintenue par un système d’ancrage souple, et reliée à la côte via un câble sous-marin.
Types de flotteurs
- Spar buoy : flotteur lesté verticalement, très stable mais nécessite de grandes profondeurs pour son installation.
- Tension Leg Platform (TLP) : plateforme maintenue par des câbles rigides tendus vers le fond.
- Semi-submersible : plateforme multi-ponts plus facile à installer en eaux moins profondes, moins stable en houle forte.

Un intérêt stratégique majeur pour La Réunion
La configuration géographique de La Réunion, la profondeur rapide des fonds marins, la rareté du foncier disponible et les objectifs d’autonomie énergétique renforcent la pertinence du solaire offshore et de l’éolien flottant pour le territoire.
Ces technologies ouvrent des perspectives concrètes pour diversifier le mix électrique, réduire les émissions de CO₂ et développer une filière industrielle locale (logistique portuaire, maintenance, fabrication de composants). Elles participent également à l’atteinte des objectifs de souveraineté énergétique du territoire.
Intégration dans la stratégie nationale française
1. L’éolien flottant : une filière stratégique à l’échelle nationale
La France dispose du deuxième plus grand espace maritime mondial (11 millions de km² de ZEE – Zone Économique Exclusive), ce qui lui confère un potentiel exceptionnel pour le développement de l’éolien offshore, notamment en version flottante sur ses façades Atlantique, Méditerranéenne et ultramarines.
Dans ce cadre, l’État a reconnu le caractère stratégique de l’éolien flottant via plusieurs dispositifs et feuilles de route :
- Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) : la dernière version fixe un objectif de 40 GW d’éolien en mer à l’horizon 2050, dont une part croissante en flottant, notamment dans les zones à forte profondeur comme la Méditerranée ou certaines zones de l’Atlantique.
- Feuille de route France 2030 : un plan d’investissement de 1 milliard d’euros est dédié à l’éolien flottant dans le cadre du plan France 2030, avec une volonté affirmée de faire émerger des acteurs industriels français compétitifs sur les flotteurs, les turbines, la logistique portuaire et la maintenance.
- Appels d’offres commerciaux : après des projets pilotes (Groix & Belle-Île, Golfe du Lion…), la France a lancé plusieurs AO commerciaux pour des parcs flottants de 250 à 500 MW. Les premiers parcs commerciaux sont attendus entre 2028 et 2030.
- Zones ultramarines : bien que les zones ultramarines aient été peu intégrées dans les premiers appels d’offres nationaux sur le solaire flottant en mer, plusieurs travaux exploratoires sont effectivement engagés pour analyser le potentiel dans les Outre-mer.
À La Réunion, un Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) “Solutions d’avenir pour la transition énergétique en Outre-mer”, incluant la thématique du solaire flottant, a été lancé en 2023 par l’ADEME et la DGEC pour identifier des projets innovants adaptés aux contextes insulaires (dont le solaire flottant maritime).
2. Le solaire flottant : une filière émergente en cours de structuration
Contrairement à l’éolien flottant, le solaire flottant (notamment marin) ne fait pas encore l’objet d’une politique aussi structurée en France. Toutefois, plusieurs signaux montrent une dynamique en cours :
- Soutien au solaire flottant continental : via des appels à projets portés par l’ADEME (ex. DEMO TASE, Innov’PV, appels à projets CRE sol) et un nombre croissant de centrales installées sur des retenues d’eau.
- Positionnements industriels : plusieurs acteurs français ou européens (Ciel & Terre, SolarinBlue, HelioRec, Ocean Sun…) développent des solutions spécifiques pour le solaire offshore, avec des premiers démonstrateurs testés ou en cours de montage.
- Cadre réglementaire en évolution : l’implantation en mer implique une coordination avec les documents stratégiques de façade (DSF), les servitudes maritimes, les zonages Natura 2000 ou les autorisations des DIRM. La filière demande une simplification et sécurisation du droit applicable, encore trop flou pour les projets marins innovants.
Focus sur les projets à La Réunion
Malgré l’absence d’appel à projets spécifiques dans les territoires ultramarins, La Réunion voit émerger plusieurs initiatives locales autour du solaire et de l’éolien flottants. Portés par des industriels ayant à cœur le développement d’innovations énergétiques, ces projets pilotes visent à tester la faisabilité technique, les conditions d’ancrage et d’exploitation, ainsi que l’acceptabilité locale de ces technologies en zone insulaire. Ils permettent d’anticiper les futures conditions de déploiement dans un contexte insulaire spécifique, où l’enjeu énergétique est fort et les contraintes environnementales et spatiales nombreuses. Ces initiatives pourraient constituer les premières briques d’une filière adaptée aux réalités des zones non interconnectées.
Le solaire offshore flottant
La société SolarinBlue est une entreprise française pionnière dans le développement de centrales solaires photovoltaïques flottantes en mer. Elle développe une technologie capable de résister à des vagues de plus de 10 mètres et des vents supérieurs à 200 km/h, avec une durée de vie prévue de plus de 30 ans, tout en minimisant les impacts écologiques.
En 2024, SolarinBlue a obtenu un financement de 6 millions d’euros dans le cadre du programme France 2030 pour déployer le parc solaire flottant Méga Sète, un démonstrateur de 1 MWc en mer Méditerranée au large de Sète qui doit alimenter les infrastructures du port de Sète-Frontignan en électricité bas carbone. Ce projet s’appuie sur les enseignements du démonstrateur Sun’Sète, mis à l’eau en 2023 pour valider la technologie flottante en conditions maritimes réelles.
Par ailleurs, SolarinBlue développe des partenariats avec des ports ultramarins pour adapter sa technologie aux contextes insulaires. Notamment, une convention a été signée avec le Grand Port Maritime de la Martinique pour le projet “Soley Blé”, qui ambitionne de déployer une centrale photovoltaïque flottante dans la baie de Fort-de-France, ce qui illustre l’intérêt croissant pour le solaire offshore dans les territoires insulaires et renforce la pertinence de solutions similaires ailleurs, y compris à La Réunion.
- libérer le foncier terrestre (absence de concurrence d’usage),
- bénéficier des conditions marines (refroidissement des panneaux, regularité des conditions),
- possibilité de couplage avec l’éolien offshore pour mutualiser infrastructures sous-marines (câbles, stations de conversion).
Le solaire flottant est une voie prometteuse, mais il reste à adapter la technologie aux conditions cycloniques, aux contraintes marines tropicales, et au coût des raccordements à un réseau insulaire.
L’éolien flottant au large de La Réunion
En 2024, les sociétés Akuo et BlueFloat Energy ont présentaient un projet d’éolien flottant d’au moins 200 MW au large de La Réunion.
Les atouts techniques identifiés sont clairs : les vents en mer sont plus forts, réguliers, et les turbines peuvent être plus grandes qu’à terre. Le projet est estimé pouvoir générer environ 876 000 MWh par an, soit près de 25 % de la consommation attendue de l’île en 2028.
Du point de vue carbone, ce projet permettrait d’éviter environ 600 000 tonnes de CO₂ par an selon les facteurs d’émissions historiques de La Réunion.
Le contexte réunionnais impose des contraintes spécifiques :
- la résilience face aux cyclones,
- la grande profondeur au large (nécessité de flotteurs plutôt que fondations fixes),
- l’intégration au réseau électrique insulaire existant,
- le développement d’une filière industrielle locale pour fabriquer les flotteurs, fondations, câbles marins.
À La Réunion, la réflexion autour de l’éolien en mer s’inscrit dans un continuum d’études et de concertations publiques. En 2025, la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) a lancé une consultation publique pour recueillir l’expertise des acteurs sur le potentiel de développement d’un parc éolien en mer au large de l’île, conformément aux orientations du Comité interministériel de la mer (CIMer) et à la planification des énergies marines renouvelables.
Par ailleurs, des documents stratégiques tels que le Schéma Régional des Énergies Marines (SREMER) identifient des zones propices à l’éolien flottant et appellent à approfondir les études techniques et environnementales.
L’éolien flottant au large de La Réunion

